Wednesday, December 18, 2013

À propos Letare Iherusalem 1276 (ou Dimanche Laetare 1277)

Pour répondre très partiellement, juste à deux mots de ce lien:

LE PLAN DE L’ÉVÊQUE.
POUR UNE CRITIQUE INTERNE DE LA CONDAMNATION DU 7 MARS 1277
Sylvain PIRON
[paru dans Recherches de théologie et philosophie médiévale, 78/2, 2011, p. 383-415]
http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/66/34/77/PDF/Le_plan_de_l_eI_veI_que.pdf


D'abord ceci:

"Certaines formules, tirées de leur contexte, prennent une valeur absolue alors que les textes d’origine les présentaient entourées de nuances et de réserves, quand ils ne les réfutaient pas explicitement."


Prenons la Somme Theologique. Prenons la thèse "il semble que Dieu n'existe pas, vu que par défiition il est bonté infini, mais si un des deux choses contraires est infini l'autre n'existe pas, par contre le mal existe et donc non Dieu". St Thomas la réfute très explicitement immédiatement dans la suite. Si dans les 219 condemnations il y avait eu la thèse "il semble que Dieu n'existe pas" alors il n'aurait peut-être quand même pas été choqué.

Seulement si Étienne Tempier avait nommé St Thomas en faisant par exemple une "liste des erreurs de frère Thomas" et dedans il avait mis "il semble que Dieu n'existe pas". Ou encore, s'il avait demandé chaque bibliopola de l'université de ne rien copier des manuscrits de "frère Thomas", et ensemble aurait mit des erreurs attribués à "frère Thomas" ou qu'il pouvait raisonnablement suspecter telles du fait que les bibliopole ne lui copiaient rien.

En effet, St Thomas était déjà décédé en 1276/77. Il n'avait plus rien à faire avec ses bibliopole, sauf en priant pour eux devant le thrône du Très-Haut. En plus, pendant sa vie, il s'était obligé à vivre de l'aumône et non pas des révénus éventuels par bibliopolas prônes d'acheter un manuscrit de lui.

Et Étienne Tempier avait condamné un tas des livres par titre et par auteur avant les thèses.

Donc, la condemnation des livres et la condemnation des thèses étaient des choses indépendantes. Pour André le Chapelain (dont l'Ars Amandi avait été lu par C. S. Lewis avant qu'il finisse sa thèse, c'est pour ça que je sais raisonnablement qu'il connaissait les condemnations) il n'y a pas ou peut-être une seule thèse condamnée parmi les 219: ch. XX: n°2 (n°183 en total). Quod simplex fornicatio, utpote soluti cum soluta, non est peccatum.

Qu'importe si Andreas Capellanus l'a refutée ou commandée si en effet il a encouragé qu'on la mette en pratique?

Donc, la condemnation de cette thèse n'est pas une accusation contre lui, et la condemnation de son livre (parmi les livres et auteurs comdemnés, avant les thèses) n'est pas injuste. Sa palinodie était la bonne chose - moralement - dans le livre, mais insuffisante pour qu'il n'ait pas une influence néfaste. Insuffisante pour qu'il n'encourage pas à fornicationem soluti cum soluta. Dans un temps où c'est plus commun que les mariage sont arrangés par les contrahents par amour, ce n'est pas nécessaire de supposer que ce livre aurait été autant malfaisant de nos jour. Mais alors il aurait été écrit autrement. Car il a été écrit comme guide pratique aux péchés de la chair, avec seulement en fin une exhortation de ne pas les pratiquer.

Et si André le Chapelain s'est quelque part plaint, sans doute Étienne le lui a aussi dit.

Mais à part la question de justice ou injustice aux auteurs individuels, une question largément résolue par le fait que les thèses sont condamnés en tant que tels, indépendemment du fait quel auteur les soutient et lequel les cite pour les réfuter (la deuxième chose restant bien sûr licite, c'est une démarche que Tempier fait lui-même, il refute les thèses par son autotité individuelle comme successeur des apôtres en les citant une après une comme erronées ou hérétiques), à part ça, cet argument ne résout en rien si une thèse condamnée est vraiment condamnable.

Ensuite ceci:

"Pourtant, il n’est pas absurde de se demander si, dans une certaine mesure, ils n’ont pas été délibérés. En d’autres termes, les censeurs auraient pu déformer sciemment les propos des maîtres ès arts. Déchirant le voile de leurs expressions de prudence, ils auraient forcé les textes afin de dénoncer les arrière-pensées qu’ils imputaient à d’habiles dissimulateurs. Dans cette hypothèse, l’apparente imprécision de la condamnation deviendrait le signe même d’un dessein réfléchi."


Dans ce cas, cette "déformation" des thèses actuellement en vogue n'était quand même pas une déformation ou même imprécision des thèses à condamner.

Et parfois la thèse à condamner est par rapport à la thèse verbalement en vogue non pas l'arrière-pensée de son auteur, mais le résultat inattendu ou au moins involontaire dans l'interprétation ou l'impression sémiconscient d'un lecteur ou écouteur ou autre étudiant.

De nos jours, c'est verbalement en vogue de dire que selon St Thomas Dieu a donné certains vrais pouvoirs de causalité aux causes sécondaires. Mais si c'est totalement vrai que Dieu à donné un pouvoir au feu de brûler plutôt que causé la brûlure presque chaque fois qu'il y a du feu suffisemment proche, ce qui n'est pas vrai est que Dieu aurait réservé toute causalité prochaine aux seules causes secondaires ou toute causalité parmi les causes secondaires aux causes créées matérielles. Prétendre l'un est ruiner l'une des bases pour les trois premières voies de prouver Dieu. En effet, elles supposent qu'il y a un nombre fini d'étapes entre la causalité primaire de Dieu et l'effet créé qu'on est en train de regarder. Car une distance d'un nombre infini d'étapes n'est pas arrivable au bout (on parle notons-le de causes simultanées, dont la primaire est Dieu), donc il y a une cause primaire parce qu'il y a un nombre fini d'étapes de causalité. Prétendre l'autre est l'équivalent de dire que la spiritualité ou une essense non-matérielle capable d'influencer la matière serait un privilège de Dieu seul. D'où la fatuité des gens qui argumentent à partir de l'autonomie rélative et limitée des causes secondaires à une exclusion du regard sur la cause première dans les sciences exactes. Comme je viens d'en trouver chez par exemple des pseudo-thomistes, critiques des créationnistes.

Aussi à cette époque là il peut y avoir eu des gens qui disaient une chose orthodoxe assez souvent, chose en soi, citée verbalement, non condamnable, mais qui la disaient comme s'ils entendaient autre chose sousentendue avec ses mots, par exemple par rapport à quelles autres thèses ou quelles conduites ils défendaient en faisant appel à une thèse andodine. Dans un cas comme ça, ce n'est pas la thèse en soi anodine qui doit être condamnée, mais la thèse condamnable, et si on peut dégager un sousentendu sans commettre une calomnie envers quelqu'un dont on soupçonne que c'est le sousentendu, tant mieux.

On ne peut pas dire que l'évêque trace le portrait robot d'une philosophie hétérodoxe en vogue, il y en avait aux moins deux, ou une qui hésitait entre deux solutions également hétérodoxes. Dire que l'âme meut le corps humain comme un ange meut une étoile, c'est à dire sans unité ontologique est une solution hétérodoxe opposée à celle où les anges meuvent les étoiles comme leurs âmes avec unité ontologique, comme les âmes meuvent les corps. Soit il y avait deux écoles différentes, qu'il condamnait, soit il y a eu une école qui tapait dans le noir en hésitant entre les deux solutions. Et rien n'empêche qu'il s'occupe de plus d'un ennemi de la vérité dans une même liste de condemnations. Précisément comme il est difficile pour un seul homme pensant en erreur mais cohérence, d'incarner toutes les hétérodoxies d'un syllabus de Pie IX, pie memorie.

Par contre, il trace un portrait robot de sa propre philosophie. On dirait un pré-scotiste doublé de thomiste. Il diffère de St Thomas en disant (à travers sa condemnation des négations) que Dieu a bien pu créer tous les anges d'une même espèce ou d'un nombre moindre d'espèces que le nombre d'anges individuels quasi par biais d'une heccéité (hecceitas), comme chez Duns Scot. Et ainsi les âmes humaines quoique d'une seule espèce, sont des âmes divers et non pas une même, pas juste en vertu de la matière à laquelle elle est en chaque cas unie comme forme, mais aussi en vertu d'une hecceitas, quoiqu'il n'utilise pas ce mot. On a reproché au Scotisme d'avoir préparé le Nominalisme par cette heccéité, mais le pire du nominalisme est explicitement exclu de la philosophie de l'évêque.

Capitulum XX
Errores de uitiis et uirtutibus
•1 (166). Quod peccatum contra naturam, utpote abusus in coitu, licet sit contra naturam speciei, non tamen est contra naturam indiuidui.

Donc, si la sodomie est contre la nature humaine que tel homme partage avec tous les autres, elle est aussi contre sa propre nature, contre son heccéité. Dieu est l'auteur immédiat de la nature individuelle et il ne la fait pas contraire à celle de l'espèce. Au moins pas à ses vraies limites, celles qu'il a révélées quand à la morale. Donc, si M. Untel est sodomite, ou il sort du coïte avant le moment décisif, c'est son choix et un choix contre sa nature humaine non seulement générique mais aussi individuelle, les deux créés par Dieu et par personne d'autre que Dieu. Comment raisonnent ceux qui soutiennent que la nature individuelle pourrait contenir une contrariété vis-à-vis la nature générique qui interdit par exemple la sodomie ou encore les choses hétérosexuels mais aussi pervers? On voit un renseignement dans n° 30 ou chapitre VII n° 2:

Quod intelligentie superiores creant animas rationales sine motu celi; intelligentie autem inferiores creant uegetatiuam et sensitiuam motu celi mediante.


Si un ange inférieur à Dieu aurait eu un mauvais moment en créant telle âme? Bon, la réponse est nette, on voit que ce n'est pas par action angélique mais directement par action divine que l'âme est créée. Soutenir que Dieu ait eu une collaboration par les anges en créant l'homme est une erreur judaïque. La Genèse nous montre la Sainte Trinité dire entre les Trois Personnes: créons l'homme à notre image. Uniquement l'image de Dieu, donc. Le Judaïsme refuse la Sainte Trinité et expose les même mots comme si Dieu avait dit aux anges qui l'accompagnent: créons l'homme à notre image. Alors l'homme serait l'image de Dieu et des anges et en certains cas créé individuellement par tel moindre ange qu'un autre, moins proche de Dieu. C'est une erreur. Et posé comme évêque pour condamner les erreurs, Étienne Tempier la condamne.

Hans-Georg Lundahl
Bpi, Georges Pompidou
St Gatien, évêque
18-XII-2013

Les chapitres systématiques des condemnations sont sur mon lien:

En lengua romance en Antimodernism y de mis caminaciones :
Index in stephani tempier condempnationes
http://enfrancaissurantimodernism.blogspot.com/2012/01/index-in-stephani-tempier.html

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